LA MAISON

Organisation des espaces

Ici l'ordre des pièces

La maison n'est pas un assemblage de pièces. Elle est ordonnée selon des usages précis : formation, corps, savoir, seuil, vie commune.

Patio et jardin du Riad — l'espace ordonné de la vie commune

Chaque espace a une fonction et une règle. S'il commence à servir l'image ou l'hôte plus que le résident, il doit être corrigé ou supprimé.

La cour, les galeries et les chambres qui s'ouvrent dessus — la maison comme organisme

NOYAU

Le noyau et la croissance

La maison n'ouvre pas avec toutes les corporations. Elle ouvre avec un seul atelier — le cuir, le fer et le bois travaillés ensemble, à la mesure d'une seule ʿudda — et avec le nombre d'hommes que cet atelier peut recevoir. Les autres métiers s'ajoutent lorsque les maîtres et les ressources sont là.

L'implantation prévoit la possibilité de grandir — par une aile réservée dès le départ, ou par l'acquisition ultérieure de volumes contigus sur le versant opposé à la Munya. La porte qui sépare les deux maisons reste intouchable.

Ici l'ordre des pièces ; le temps du bâtir se lit ailleurs. Le chantier →

Une chambrée et ses lits superposés, ouverte sur la galerie de l'étage

LE DORMIR

Les chambres de la galerie

On ne dort pas dans un couloir de chambres égales. Les chambres s'ouvrent sur la galerie qui fait le tour de la cour, à l'étage, selon la disposition que Fès a donnée de tout temps aux maisons où l'on travaille et où l'on loge en même temps : celle du fondouk. Chaque pièce prend la mesure que lui laisse la travée, de sorte qu'aucune n'est identique à sa voisine.

L'inégalité des chambres n'est pas un défaut du bâtiment, mais ce qui interdit de les tarifer. Elles ne se distribuent pas selon ce que l'on paie, mais selon ce que la maison juge — le travail, l'ancienneté, la charge exercée. Le ṣāniʿ, le nāʾib et le maʿallem dorment sous la même galerie.

Les chambrées comptent six lits. On y loge le plus souvent avec les ṣāniʿ de son propre atelier, de sorte que l'unité de vie coïncide d'ordinaire avec l'unité de travail, mais rien n'y oblige : chacun change de lit et de chambrée quand il le souhaite. Le nāʾib dort parmi ses compagnons. Le maʿallem occupe une chambre à lui, attenante à celle de ses ṣāniʿ, de manière qu'on puisse l'appeler pendant la nuit sans qu'il partage leur pièce. Elle ouvre des deux côtés : sur la galerie du dortoir, et sur les espaces communs, de sorte qu'il entre et sort sans traverser la chambrée. Le faqīh occupe une chambre de la même sorte et pour la même raison de travail, puisqu'il se lève avant tout le monde pour l'appel du fajr. La maison ouvre avec quatre ou cinq de ces chambrées — vingt-cinq à trente-cinq places — et peut aller, à régime, jusqu'à huit ou dix. Les chambres seules et doubles destinées à des hôtes se trouvent à la Munya, non ici. L'entretien de la chambrée revient à ceux qui l'occupent.

Les jeunes de moyens plus modestes sont accueillis dans les mêmes chambres. L'intégration fait partie de la formation.

Hammam et zone du corps

CORPS

La zone du corps

Hammam, espace de discipline (furūsiyya), vestiaires. À proximité : le bassin d'eau qui traverse une cour — forme traditionnelle, non piscine — et le jardin secret des roses de Damas.

Sur le versant opposé à la Munya, un cour protégé pour le tir à l'arc et les exercices de combat. On ne le voit que d'une terrasse privée ou d'un oriel de passage.

Lecture au patio — le savoir de la maison

SAVOIR

Le savoir

La salle des livres et le petit salon de lecture qui lui est adjacent. La khizāna — l'armoire des volumes — reste sous clé du côté du Riad. On demande un livre ; le livre est apporté.

C'est aussi l'espace de passage entre la Munya, l'appartement d'honneur et le Riad : la seule pièce à laquelle les trois peuvent accéder lorsque la porte est ouverte de l'intérieur.

Table commune — la vie partagée

VIE COMMUNE

La vie commune

La table unique, l'oratoire, les salons, le parloir. Le patio et le jardin avec leurs fontaines, salsabil et caniveaux. L'eau n’est pas un ornement, puisqu’elle structure l’espace. Voir aussi la fraîcheur naturelle.

Le seuil — une seule porte, une seule mesure

SEUIL

Gouvernement et seuil

Les chambres de l'Ash-Shaykh et des Muqaddam sont distinctes — par fonction, non par confort. L'Ash-Shaykh dispose d'une chambre doublée d'un petit salon, sur lequel ouvrent directement les deux chambres des Muqaddam, de manière que le gouvernement de la maison occupe un seul quartier et qu'on sache toujours où le trouver. Ce quartier communique avec la zone du dortoir, mais il dispose aussi de son propre accès depuis les espaces communs : on peut y venir sans passer par les chambres, et en sortir sans les traverser. Une seule porte dans le mur commun avec la Munya, ouvrable uniquement du côté du Riad. La clé est détenue par le Bawwāb.

Une Munya intérieure — un appartement ouvert sur la cour et sur le jardin — est réservée à la direction ou à un maître âgé. Elle ne relève pas du confort, mais de la nécessité qu'un homme qui répond de la maison puisse s'en retirer sans la quitter.

Près du logement du portier, ouvrant sur le vestibule, une petite chambre nue sert à confiner pour un temps fixé celui qui a gravement manqué aux règles de la vie commune sans que la faute appelle le renvoi ; la mesure relève du taʿzīr et se prononce devant l'arbitrage de la maison.

LE CHEMIN

Comment on entre dans cette maison

L'organisation des espaces n'est pas un plan à visiter. C'est l'ordre d'une vie. On s'en approche par le même geste que pour tout le reste : lire, écrire, l'échange — jamais l'inscription.

Comment on entre →·Le chantier →·Les espaces →

Voir aussi le glossaire de la maison.

الرِّياضُ لِأَهْلِهِ، لَا أَهْلُهُ لِلرِّياضِ

« Le riad est pour les siens, non les siens pour le riad. »