Le chantier
Ici le temps du bâtir
Il y a deux chantiers, et non un seul : celui qui relève la demeure, conduit par des maîtres établis, et celui de l'école, qui s'ouvre après et ne se referme plus.
La maison ne se relève pas avec des ṣāniʿ. Elle se relève pour qu'il y ait des ṣāniʿ.
LA DEMEURE
Qui relève la maison
Le fondouk qui abrite la maison est un édifice ancien, relevé par des maîtres établis, sous direction de travaux et selon les procédures qu'impose un bâtiment classé. Les ṣāniʿ n'y interviennent pas.
La prudence patrimoniale suffirait à le justifier ; une raison plus simple s'y ajoute. les ṣāniʿ sont aussi les résidents, et tant que la demeure est un chantier, il n'existe aucun lieu où les loger.
Ici le temps du bâtir ; le programme de la demeure se lit ailleurs. La demeure →
PENDANT LES TRAVAUX
La première promotion se forme en médina
Cette période n'est pas perdue pour eux. La première promotion se forme, durant les travaux, dans les ateliers des maîtres, en médina, selon l'usage qui a toujours réglé l'apprentissage dans cette ville — chacun dormant chez les siens.
Elle entre dans la maison lorsque la maison est achevée, et y entre déjà à demi formée.
APRÈS L'OUVERTURE
Le chantier de l'école
Une fois la maison ouverte, le chantier de l'école s'ouvre à son tour et ne se referme plus. Il progresse dans l'ordre où les ṣāniʿ deviennent capables de s'y mesurer.
Viennent d'abord les dépendances — réserves, terrasses, communs, lingerie — puis le jardin avec ses canalisations, ses vasques, ses treilles et son mur de clôture : des ouvrages assez modestes pour qu'une erreur s'y répare, et assez réels pour qu'elle compte.
Viennent ensuite certaines parties d'Al-Munya, la maison contiguë, chaque campagne demeurant conduite par les ateliers de l'école sous la direction d'un maître.
Vient enfin, et pour longtemps, l'ensemble des demeures du derb que la maison relève une à une afin d'y installer des artisans. Al-Warsha →
LA SIGNATURE
Ce qui se signe se répare
Chaque ouvrage achevé porte, discrètement et hors du champ de la composition, la formule ʿamal (عمل), le nom de la main qui l'a exécuté et l'année. Lorsqu'UN ṢĀNIʿ a travaillé sous la conduite d'un maître, les deux noms y figurent.
L'usage n'a rien d'une vanité : si, trente ans plus tard, un joint vient à céder, on saura de quel atelier en demander raison. Les corporations tenaient à cette responsabilité différée, et c'est pour elle, non pour l'honneur, que l'artisan a toujours consenti à signer.
LE RYTHME
Un atelier, puis croître
La maison n'ouvre pas avec toutes les corporations. Elle ouvre avec un seul atelier — le cuir, le fer et le bois — et le nombre d'hommes qu'il peut abriter. L'aile réservée, ou le volume contigu, vient lorsque les maîtres et les ressources sont là. La porte vers la Munya reste intouchable.
CE QUI DEMEURE
Quand le chantier se tait
Le mur cesse d'attendre. L'œuvre reste. L'homme qui l'a conduite emporte une malaka, non la maison. On n'emporte pas le Riad.
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الرِّياضُ لِأَهْلِهِ، لَا أَهْلُهُ لِلرِّياضِ
« Le riad est pour les siens, non les siens pour le riad. »